Article de La Nef

Le père Molinié était un grand mystique qui a profondément marqué les âmes qui l’ont croisé. Mais il est aussi un maître spirituel par les livres qu’il a écrit, livres à la fois simples et profonds, marque incontestable du génie spirituel.

Un maître spirituel

Article de Christophe Geffroy paru dans La Nef  

Si le père Molinié était un véritable théologien, il était aussi un maître spirituel très prisé, particulièrement influencé par le génie universel de la petite Thérèse de Lisieux. Il a hérité d'elle sa simplicité, la limpidité de sa « petite voie » basée sur la confiance et l'abandon, et finalement sa faculté d'aller sans détour au fond des choses. Il lui a consacré un livre lumineux, Je choisis tout (1). A travers la vie de Thérèse, le père Molinié nous conduit à pénétrer au cœur de son message : « La perception thérésienne à la base de l'acte d'offrande comporte deux niveaux de profondeur :

  • 1. S'offrir à la blessure de l'Amour pour le consoler du refus des pécheurs et surtout des incrédules.

  • 2. Communier au calice de la douleur de l'Amour face à ce refus. Il existe une connexion étroite entre ces deux niveaux et les différentes facettes de l'intuition thérésienne : confiance, pauvreté, prix infini de la simplicité créée – désir de souffrir pratiquement sans limites, associé à la perception d'une faiblesse et d'une misère également sans limites. Tout cela se distingue et ne fait qu'un : si nous arrivons à le comprendre, nous aurons entrevu ce que veut nous dire Thérèse, ou plutôt Dieu à travers elle » (p. 223).


L'esprit de sainte Thérèse

Père Marie-Dominique Molinié - (C) Magnificat !L'esprit de Thérèse, on le retrouve dans ses autres livres de spiritualité, et particulièrement dans Le courage d'avoir peur (2), où il montre tout simplement que le salut est à la portée de tous et a pour nom Jésus-Christ. Si l'on recherche avec inquiétude ce qu'il faut faire, on n'a pas compris que Dieu veut être le seul à nous sauver. Et qu'importe qu'un monde s'écroule autour de nous, ce qui compte est de savoir que nous sommes aimés. Au début, on cherche surtout à aimer Dieu ; au terme, on comprend qu'il suffit de se laisser aimer par lui et qu'il nous donne à tout moment la grâce nécessaire pour faire sa volonté. « Il suffit que Dieu nous donne la grâce du moment pour l'épreuve du moment, écrit le père Molinié. Si nous envisageons à midi l'épreuve de quatorze heures, nous verrons très bien la difficulté, mais nous la verrons sans la grâce de quatorze heures, qui n'est pas imaginable… L'épreuve imaginaire est donc toujours insoutenable, alors que l'épreuve réelle ne l'est jamais » (p. 73). « Il est donc normal de se sentir impuissant en face de ce que Dieu ne nous demande pas en fait. Quand il nous le demandera, Il nous donnera la grâce nécessaire » (p. 74).

Pourquoi, alors, « le courage d'avoir peur » ? « Si nous n'acceptons pas d'avouer qu'en un sens notre salut éternel n'est pas assuré, c'est que nous refusons d'avoir confiance. S'il est devenu presque impossible de parler de l'enfer aux chrétiens, ce n'est pas parce qu'ils ont peur, mais parce qu'ils ne veulent pas avoir peur. […] Ce que j'appelle le courage d'avoir peur, c'est tout simplement le courage de croire à l'enfer » (p. 182). Et d'ajouter : « S'il n'y a pas de danger réel, on ne voit pas très bien ce que Jésus est venu faire sur la Croix » (p. 188).



Le souci des jeunes


Le père Molinié est un converti et, comme tel, il a un souci de parler aux hommes de son temps – et particulièrement aux jeunes – qui désespèrent parce qu'ils n'ont pas répondu à l'appel divin de la foi. Adoration ou désespoir (3) est un livre qui leur est dédié. Le plan peut en paraître confus, car l'ouvrage est formé de 52 chapitres qui abordent chacun de façon indépendante un thème qui répond à des interrogations de l'homme d'aujourd'hui. Mais l'ensemble est d'une grande force apologétique avec des formules simples qui font mouche : « La solution dont on ne veut pas, c'est d'être relié à un Maître absolu : si nous ne sommes pas les fils d'un même père, nous ne serons jamais frères » (p. 40). Ailleurs, par exemple, il explique que la morale chrétienne n'est praticable qu'à deux conditions :
« 1. Elle suppose au point de départ l'aveu de notre impuissance absolue, l'appel au secours et l'acte de confiance […].
« 2. Cet acte de foi nous délivre de la détresse, non en nous dispensant des œuvres, mais en nous donnant l'espoir d'un miracle quotidien, d'une éducation quotidienne de l'Église, de la Sainte-Vierge et du Saint-Esprit qui nous apprenne à pratiquer l'impossible et à marcher sur les eaux… non sans des ratés et des rechutes perpétuelles, mais avec une confiance grandissante permettant de dire “Je peux tout en celui qui me fortifie”. Là est le paradoxe final : je ne peux rien, et je peux tout » (p. 201).

Parmi ses autres livres, citons Qui comprendra le cœur de Dieu ? (4) qui s'adresse aux « hommes de peu de foi » que nous sommes, nous qui professons le Credo mais qui avons tant de mal à croire réellement que Dieu est là, qu'il passe réellement dans notre vie.
Découvrez le père Molinié, vous ne le regretterez pas.


Christophe Geffroy
La Nef



(1) Je choisis tout. La vie et le message de Thérèse de Lisieux, CLD, 1992, 246 pages, 18,30 €.
(2) Le courage d'avoir peur, 1975, rééd. Cerf, 2003, 230 pages, 19,00 € .
(3) Adoration ou désespoir. Une catéchèse pour les jeunes… et autres, CLD, 1980, 292 pages, 14,48 €.
(4) Qui comprendra le cœur de Dieu ? Saint-Paul, 1994, 184 pages, 13,57 €.